
Traduction: Guy Côté.
Mont Glen : La petite montagne qui en avait dans le ventre
Traduction : Guy Côté
Dans les années 1960, le centre de ski mont Glen a ouvert ses portes, tout comme cinq autres stations dans ce qui allait devenir la région Ski des Cantons-de-l’Est. Mont Glen, Mont Sutton, Bromont, Mont Écho et Owl’s Head ont toutes vu le jour à quelques années d’intervalle. (Le mont Orford, quant à lui, avait ouvert dès 1941.)
C’était un projet ambitieux, avec un dénivelé de seulement 305 mètres, inférieur à celui de la plupart des stations voisines. Mais le mont Glen compensait son manque d’altitude par des pentes directes, qui ont permis l’aménagement d’un réseau de pistes ludiques et exigeantes.
Une vision née d’une recommandation légendaire
C’est sur la recommandation du pionnier du ski québécois Jack Rabbit Johannsen que Hank et Deborah Rotherham, un couple local aventureux, ont poursuivi leur rêve d’une station de ski près de Knowlton.
Hank Rotherham, vétéran de l’Aviation royale britannique pendant la Seconde Guerre mondiale, avait participé à la mission de reconnaissance qui mena au naufrage du cuirassé allemand Bismarck. Son expérience en topographie a contribué à repérer le potentiel du mont Glen pour le ski. Le sceau d’approbation de Jack Rabbit a confirmé la viabilité du projet.
Les débuts : passion, mais pas encore profits
Le financement initial est venu d’un groupe d’hommes d’affaires locaux, dirigé par Eddie Persons de Cowansville. Des figures connues comme J.J. Barker (Cowansville) et Slack’s Mushrooms (Waterloo) siégeaient au conseil d’administration de la Bolton Glen Development Company.
Malgré la passion et l’enthousiasme, la rentabilité s’est avérée difficile dans les années 1960, en raison de la concurrence et de défis opérationnels.
Mais Glen ne manquait pas d’étoiles. Le recrutement du champion canadien et skieur olympique Bob Richardson comme directeur fut un coup de maître. La légendaire Lucile Wheeler Vaughan, championne du monde et médaillée olympique, y fonda une école de ski. Sa vision perdure aujourd’hui à travers le programme de ski de l’Académie Knowlton, soutenu par John Parry et Nicolas Lemaître.
L’âge d’or de Glen

Dans les années 1970, des litiges juridiques ont menacé la pérennité de la station. En 1978, elle fut rachetée par Peter White, Mike Murray et Hank Rotherham. White est ensuite devenu propriétaire unique.
Durant ces années, la station a été dirigée par Pat Côté et Dick Shea. Plusieurs se souviennent de cette période comme de l’apogée de Glen, grâce aux compétences de gestion de Côté et au sens du spectacle de Shea.
« L’atmosphère familiale était ce que Glen avait de plus précieux, » se rappelle Peter White.
« Les parents déposaient leurs enfants en toute confiance, sachant que la communauté veillait sur eux. »
Des talents locaux… et un spectacle aérien !
Le mont Glen a formé plusieurs skieurs d’exception, dont :
Peter Smart, Paul Cunnius, Rob Côté, Leigh-Jay Quilliams, et Trevor Gavura — certains ont poursuivi des carrières dans l’industrie du ski.
En 1985, Glen a accueilli une démonstration de la « Force aérienne du Québec », groupe de skieurs acrobatiques du secteur de Magog.
Pour ajouter au spectacle, Jack Price, ancien colonel de l’ARC et barman de l’époque, a survolé la station à bord de son avion Chipmunk doré, effectuant loopings et vrilles pendant que les skieurs exécutaient leurs figures en contrebas.
De Glen aux Rocheuses
Le Glen semblait rentable dans les années 1980. Au début des années 1990, ses propriétaires achetèrent le mont Norquay — la plus ancienne station de ski des Rocheuses canadiennes.
Pat Côté partit en Alberta pour gérer Norquay, tandis que son frère Bernie prit la relève au Glen. Norquay fut revendue une décennie plus tard.
La fin d’une aventure
Dans ses dernières années, le Glen affrontait chaque saison avec incertitude :
- Remontées à moderniser
- Système d’enneigement naissant
- Entretien coûteux
- Réparations du chalet principal
Finalement, en 2004, le mont Glen ferma ses portes.
Il laisse derrière lui des souvenirs impérissables, une génération de skieurs aguerris, et un sentiment de communauté bien vivant.
Les « Gleners » n’oublient pas
Encore aujourd’hui, un groupe d’anciens habitués se surnomme les « Gleners ».
Certaines pistes, entretenues par les propriétaires privés, sont encore visibles à distance — rappel touchant d’une époque où cette petite montagne était le cœur de l’hiver pour bien des familles.
Merci à Brian Eddington pour les informations tirées de son livre
« Out of Bounds: The Glen Mountain Ski Story »
📸 Photos : Shelley Paige

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