Commentaire de Frank Nixon (Traduction : Guy Côté)
Toute communauté a une histoire. La question est de savoir si quelqu’un continue de l’écrire.
Au cours de mes années comme journaliste local dans les Cantons-de-l’Est, au Québec, j’ai compris que l’histoire s’annonce rarement à grand fracas. Le plus souvent, elle survient discrètement : dans le procès-verbal d’une réunion du conseil municipal, à l’occasion d’un souper paroissial ou d’une collecte de fonds, ou peut-être dans la nécrologie d’une personne que tout le monde connaissait.
Ces événements ne feront peut-être jamais la une des médias nationaux, mais, mis bout à bout, ils nous disent qui nous sommes.
En tant qu’ancien bénévole au journal Tempo, j’ai découvert que le journalisme local ne se limitait pas à rapporter des événements. Il s’agissait plutôt d’écouter attentivement et de reconnaître que chaque histoire, aussi ordinaire qu’elle puisse paraître, pouvait révéler quelque chose de l’âme d’un lieu.
Je me souviens avoir couvert un meurtre survenu devant un établissement de Knowlton. Pendant un court laps de temps, une communauté paisible attirait l’attention de toute la région. Mais dès le départ des caméras de télévision, le journal local a continué de suivre l’enquête et les efforts de la communauté pour comprendre ce qui s’était passé.
Je me souviens aussi de la campagne pour sauver la maison Paul-Holland-Knowlton. Cette histoire allait bien au-delà du simple sort d’un vieux bâtiment. Elle a suscité une réflexion sur ce qu’une communauté choisit de préserver dans sa mémoire et sur ce qu’elle est prête à oublier.
Le journalisme : une première ébauche de la mémoire collective
Il y a eu aussi le long débat concernant le projet de sentier reliant Knowlton et Foster. Ce qui semblait au départ être une banale discussion municipale a soulevé des questions plus profondes sur la croissance, le patrimoine et l’identité future de la communauté.
Sans le journalisme local, ces histoires risqueraient fort de tomber dans l’oubli. Si les archives gouvernementales conservent la trace des décisions, elles saisissent rarement les débats, l’engagement des bénévoles et les gestes de générosité qui donnent tout leur sens à ces décisions.
En ce sens, les journaux locaux créent la mémoire institutionnelle d’une communauté. Ils préservent non seulement les faits, mais aussi la manière dont les gens les ont vécus.
Mon propre parcours, du journalisme local à la fiction, a confirmé cette leçon. Ma nouvelle de style noir, Wayward Voices, récemment publiée, s’inspire de mes années passées à observer les habitants, les lieux et les institutions des Cantons-de-l’Est.
Toute communauté a besoin de conteurs. Pour moi, Tempo a été l’un des lieux où j’ai appris à en devenir un.
Rencontre avec l’auteur

Frank Nixon et sa nouvelle Wayward Voices seront à l’honneur lors du Festival littéraire de Knowlton, le jeudi 15 octobre, à l’occasion de la rencontre avec des auteurs locaux chez Livres Lac-Brome.

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